L'autisme    |    Définition    |    Associations    |    Agenda    |    Bibliographie    |    Sommaire
    Définition
 

Historique :

Tout d'abord un aperçu historique de cette maladie, qui touche en priorité le sexe masculin ( 4 garçons pour 1 fille ) à raison d'2 cas toutes les 1000 naissances et l'on estime en France à environ 100 000 personnes concernées par cette pathologie.
C'est un médecin pédopsychiatre allemand, vivant aux USA, Léon Kanner, qui le premier en 1943 fait une description clinique de l'autisme en tant que : " Une inaptitude des enfants à établir des relations normales avec les personnes et à réagir normalement aux situations".
Mais c'est 30 ans plus tôt que le terme "autisme" a été inventé par un psychiatre suisse, Bleuler pour qualifier la tendance au repli sur soi des schizophrènes.
Jusque dans les années 1970, c'est l'hypothèse d'une origine psychologique qui l'emporte. Léon Kanner parlait de mères froides, de pères absents et Bruno Bettelheim assimile les troubles précoces de la relation mère-enfant au rejet maternel inconscient.
Il faut dire que la conjoncture sociale, au sortir de la guerre, est favorable à l'émergence de telles théories. Des études foisonnent ( Spitz, Bowldy, Anna Freud, ... ), sur les conséquences de " l'hospitalisme " en tant que carence de soins maternels pour les enfants orphelins élevés en pouponnière.

Origine :
Depuis son identification, la question de l'origine de l'autisme demeure sans réponse tout du moins scientifiquement établie, même si les polémiques opposent des théories dogmatiques de spécialistes, plus sûrs d'eux mêmes les uns que les autres.
- Ceux qui expliquent l'autisme par une carence affective, mettant en cause "la faute" des parents et plus particulièrement celle de la mère, se comptent surtout chez les psychanalystes. Pour eux, l'autisme serait dû à une dysharmonie dans les interactions précoces entre la mère et l'enfant. Le syndrome autistique serait une modalité particulière d'organisation psychique en réponse à ce dysfonctionnement.
- Ceux qui soutiennent que les causes de l'autisme sont à rechercher dans un défaut neurobiologique se recrutent dans le champ des organicistes.

Mais la recherche dans une seule et même direction a très vite été abandonné. Il est apparu tout au contraire, une multiplicité des causes possibles et une dynamique multifactorielle dans la tentative d'expliciter l'origine de l'autisme.
Et la plupart des travaux se centre autour de la neuropsychologie qui situe l'origine de l'autisme dans les anomalies postnatales du développement du cortex et de ses systèmes activateurs impliquant une dysharmonie du fonctionnement cérébral.

D'après la Classification Française des Troubles Mentaux de l'Enfant et de l'Adolescent ( CFTMEA ), l'autisme est situé dans la catégorie clinique des psychoses. Et doit présenter l'ensemble des troubles caractéristiques :
- Début dans la première année avec organisation d'un tableau complet avant 3 ans.
- Retrait majeur.
- Recherche de l'immuabilité.
- Stéréotypies.
- Absence ou troubles spécifiques du langage.
- Dysharmonie du développement cognitif.

Alors que la classification américaine ( DSM 3 ) retire en 1981, le terme de psychose pour celui de troubles globaux du développement.
Que le comité d'éthique en donne sa propre définition : trouble du développement du système nerveux central dont les causes sont multiples.
Facteur regrettable d'incompréhension entre chercheurs, praticiens, familles et organisateurs de santé et qui n'aide en tout cas pas à avancer dans la compréhension de cette pathologie.

Une catégorie séparée : L'autisme atypique a été créée pour les sujets ne répondant pas complètement aux critères de diagnostic.

Les facteurs environnementaux :
Telle que la dépression de la mère, ont été recherchés. Mais les études montrent qu'il n'y a pas d'arguments en faveur de cette hypothèse. Au contraire, si l'on suit les enfants de mères souffrants de dépressions sévères récurrentes, on constate qu'il n'y a pas d'association avec l'autisme. Les enfants élevés dans des conditions extrêmement défavorables comme certains enfants en institutions ou en situation de carence affective ne sont pas sur-représentés dans les populations d'autistes et les aspects psychopathologiques qu'ils développent sont différents et parfois réversibles.

Les études épidémiologiques montrent qu'il n'y a pas d'association avec les différentes classes sociales.

Les facteurs génétiques :
- Quand un jumeau est autiste, le second ne l'est que dans 9% des cas chez les faux jumeaux, mais dans 64 à 80% des cas ( selon les études ) chez les vrais jumeaux.
Un résultat qui tendrai à démontrer à la fois le rôle de l'hérédité et celui de l'environnement. Car si seule l'hérédité était en cause, la concordance entre vrais jumeaux, qui ont exactement le même patrimoine génétique, serait plus forte.
- Des études sur les parents et les frères et soeurs d'autistes trouvent chez eux, dans 10 à 20% des cas des traits de personnalité à tendance autistique, sans être pathologiques : troubles du langage, des relations sociales...
- D'autres part, on constate une association relativement fréquente de l'autisme avec des maladies génétiques, telle que la sclérose tubéreuse ou la neurofibromatose.
- 5% environ des enfants autistes ont un syndrome de l'X fragile, mais ce pourcentage n'est pas plus élevé que chez les autres enfants retardés mentaux non autistes.
- Enfin, une équipe française a trouvé une anomalie chez les autistes concernant un marqueur d'un gène ( H-Ras ), situé sur le chromosome 11, résultat qui a été confirmé par une équipe américaine.
D'autres gènes sont à l'étude et particulièrement une région du bras long du chromosome 7, qui pourrait être impliquée dans l'apparition du syndrome autistique.

L'état actuel des connaissances tendrai à mettre en évidence que dans la région des marqueurs polymorphes seraient impliqués des gènes non identifiés, conditionnant le développement du système nerveux central au cours de la grossesse et dans la première enfance, et non des lésions génétiques au sens classique du terme.

Les facteurs neurologiques :
Grâce à l'examen postmortem de cerveaux d'autistes et aux techniques modernes d'imagerie cérébrale, les chercheurs ont mis en évidence diverses anomalies de structure ou de fonctionnement de ces cerveaux :
- La stimulation auditive provoque une augmentation du débit sanguin cérébral dans l'hémisphère gauche chez l'enfant normal, mais dans l'hémisphère droit chez l'autiste. Or, c'est l'hémisphère gauche qui commande le langage si souvent déficient chez l'autiste et le droit, les aptitudes spatiales qui elles, ,sont souvent bonnes.
- La maturation du lobe frontal intervient bien plus tard chez l'enfant autiste que chez l'enfant "normal". Or, le lobe frontal joue un rôle majeur dans les fonctions mentales supérieures, notamment dans la planification de l'action.
- A l'adolescence, 25% des personnes autistes développent des épilepsies.

Les facteurs biochimiques :
- L'anomalie la plus souvent retrouvée est l'élévation du taux de sérotonine plaquettaire, chez plus d'un tiers des autistes.
- A été également mise en évidence, une augmentation significative des taux plasmatiques de B-endorphines, augmentation corrélée à la sévérité des troubles autistiques.
- Des travaux sont également menés dans la recherche d'une hypothèse d'intoxication aux neurotoxiques liée soit à des champignons intestinaux, soit à des allergies alimentaires.
- Une hyperactivité du système opiacé semblerai jouer un rôle dans la modulation et le développement des conduites sociales et pourrai expliquer certains symptômes comme les automutilations, les modifications des perceptions sensorielles, la diminution des pleurs, la réduction des besoins de relations sociales, les anomalies du processus d'apprentissage, les troubles de l'attention.

Les facteurs cognitifs :
- Il y a chez les autistes, un défaut du besoin de cohérence centrale, c'est à dire du besoin de donner un sens à nos expérience. Ce qui expliquerait à la fois les réussites de l'autiste ( Voir chaque pièce du puzzle sans être influencé par le contexte ) et ses échecs ( Sa perception du monde comme incohérent et imprévisible, sa compréhension littérale du langage ).
Comme le montre le test dit des Smarties : On fait constater à un enfant autiste que dans un tube de Smarties, on a remplacé les bonbons par un crayon. On lui demande ce que va répondre un autre enfant si on lui demande ce que contient le tube. A partir de 4 ans, un enfant normal répond : " Des Smarties", mais l'autiste, même d'âge mental bien supérieur répond :" Un crayon".
- Plus récemment, des chercheurs ont avancé l'hypothèse d'un trouble de la fonction exécutive, c'est à dire de la capacité à planifier l'action et à en maîtriser l'exécution.

Les comportements :
- Le regard qui fuit, le corps qui se raidit ou reste sans réaction quand on le porte, les bras qui ne se tendent pas, sont souvent les premiers symptômes repérés.
- En grandissant, l'enfant s'isole, s'absorbe dans une tâche répétitive. Ne paraît pas vous entendre, mais réagit au froissement d'une feuille comme si c'était une explosion. Ne vous regarde pas, mais repère du coin de l'oeil le moindre changement de place d'un objet. - Parfois se frappe, se griffe et souvent pique des colères dont on ne comprend pas la signification.
- Les troubles du langage sont constants, certains n'apprennent jamais à parler ( 50% environ), ni même à montrer du doigt ce qu'ils veulent. D'autres acquièrent le langage, mais un langage bizarre, avec confusion des pronoms personnels ( Echolalie : répétition de ce que l'on vient d'entendre ) ou répétition de phrases toutes faites, telles les slogans publicitaires.

Plus précisément et dans le quotidien, la personne autistique traite inhabituellement les informations qui lui parviennent.
- Elle perçoit les stimulations sensorielles de façon très aiguë, l'impact du bruit, de la lumière ou de la chaleur est disproportionné. Ce qui provoque, soit une stimulation très intense, soit une absence de réaction.
Seul un geste ou une parole répété à l'infini semble pouvoir le rassurer et le sécuriser. Puisqu'il n'arrive pas à décoder les perceptions qui lui parviennent et qui lui paraissent complètement incohérentes, il se crée des sensations qu'il peut contrôler.
Les difficultés à lire sur les visages, à déceler les émotions, à comprendre les sentiments, à donner du sens aux gestes et comportements plongent alors l'autiste dans une infinie angoisse, et explique qu'il ne parvienne pas à établir de relations sociales.

Ce sont là des traits communs, mais les différences entre autistes sont grandes :
- Dans le domaine intellectuel, si l'on estime que 40% d'entre eux ont des performances inférieures à 50 ( Correspondant à une déficience mentale modérée, selon la classification de l'OMS ), 30%, ont un Q I de 70 ( Déficience mentale légère) et 5% seulement dépasseraient les 80 ( Déficience mentale limite ).
- On constate parfois des performances remarquables dans le domaine du dessin, des constructions, du calcul, ou alors une connaissance approfondie d'un sujet bien circonscrit ( Connaissance qu'ils ne cherchent ni à appliquer dans la vie, ni à étendre ).
- Les dysharmonies du développement sont grandes : Il y a des enfants qui donnent des signes d'intelligence, mais ne sont pas propres. D'autres qui suivent bien en classe, mais qui traversent la rue sans faire attention aux voitures ou ne peuvent nouer leurs lacet de chaussures.
Mais pour tous, même ceux dont l'intelligence est normale, les relations sociales restent problématiques, ils ne savent pas comment entrer en relation avec les autres, commencer ou soutenir une conversation, observer le code social de leur milieu.

Les traitements :
On ne guérit pas les autistes, tous les spécialistes s'accordent sur ce point.
Mais, on peut améliorer leur comportement, leur fonctionnement intellectuel, leur insertion sociale.

Les méthodes de traitements essayées sont aussi variées que les hypothèses causales et ont suivi la même évolution, puisqu'il n'existe aucun médicament spécifique du syndrome autistique .
Au début, il n'y avait que la psychanalyse ou la psychothérapie. Puis, les chercheurs se sont tournés vers des essais de médicaments, tandis que sous l'influence notamment des parents, l'on adoptait des méthodes éducatives venues des Etats-Unis.

Les médicaments :
- Les psychotropes ( Neuroleptiques et antidépresseurs ) sont largement utilisés, avec quelques succès pour réduire des conduites telles qu'agressivité, automutilations, mais des effets secondaires importants limitent leur emploi au long cours.
- La vitamine B 6, associée au magnésium, est couramment utilisée ( Près de la moitié des parents trouvent que ce traitement améliore le comportement de leur enfant, mais les autres n'en tirent pas bénéfice )

Les psychanalyses et psychothérapies :
Utiles, ( Sans pour autant impliquer une adhésion à la thèse psychogénétique), en complément d'une approche éducative, pour aider la personne atteinte du syndrome autistique à exprimer ses angoisses et à donner du sens à ses expériences.
Mais un sondage réalisé en 1988, auprès de 800 familles d'enfants autistes montre que, pour 59% d'entre elles, aucun changement n'a été vraiment décelé après une psychothérapie, contre 35% qui ont constaté une amélioration.

Les traitements comportementaux :
Sont surtout mis en oeuvre dans les pays anglo-saxons et se heurtent à de grandes réserves en France du fait du conditionnement à l'état pur que représente l'association : " Tu me regarde - Je te donne un bonbon"
L'inventeur de la méthode Lovaas affiche des résultats très positifs : Réduction des conduites indésirables, gains en Q I. Mais ceux qui le critique répliquent qu'il n'a pas évalué l'impact de sa méthode sur des traits aussi importants que la sociabilité, l'anxiété, les stéréotypies.

Les méthodes éducatives :
La plus connue et la plus appliquée est la méthode Teacch mise en place en Caroline du Nord, en 1966 par Eric Schopler. Elève de Bettelheim, Schopler s'oppose diamétralement à son maître par la part qu'il fait aux parents :
- " Ils connaissent leur enfant mieux que personne et les éducateurs doivent les prendre comme partenaires"
La prise en charge commence par une évaluation complète de l'enfant. L'accent étant mis sur les compétences émergentes que s'attachera à développer en priorité un programme de travail individualisé.
Un autre principe de base est la structuration de l'espace et du temps, les lieux sont différenciés selon les activités et identifiés au moyen de repères visuels. L'enfant suit un emploi du temps rigoureux et les tâches sont décomposées de façon claire. Enfin, l'équipe s'attache à doter l'enfant, s'il ne parle pas, d'un autre mode de communication : gestes, objets, photos...
La méthode Teacch se développe en France, tant dans les classes intégrées, dans des écoles publiques et privées, que dans les unités psychiatriques, mais en infléchissant la méthode et en y réintroduisant une réflexion sur les aspects psychologiques, voire en l'associant à une psychothérapie individuelle.
Néanmoins, la méthode fait l'objet de critiques :
- Risque de mécaniser l'enfant, si elle est appliquée de façon trop rigide.
- Risque de culpabiliser les parents en les transformant en co-thérapeutes, ce qui les rendrai co-responsables en cas d'échec.

Les autres méthodes :
- Les rééducations en langage et en psychomotricité semblent avoir un bilan plutôt favorable.
- La communication facilitée propose de communiquer avec autrui par l'intermédiaire d'un support : ordinateur, tableau constitué d'images ou de lettres, .... Cette méthode a fait l'objet d'études expérimentales visant à tester sa validité, qui concluent généralement que les réponses obtenues sont en réalité induites, volontairement ou non, par l'accompagnateur.
- Un grand nombre de méthodes "miraculeuses" font se précipiter les parents aux 4 coins de l'hexagone, si ce n'est de l'Europe. Et si aucune ne prouve ce qu'elle avance, elles vident toutes les bourses des parents, même s'il y a de bonnes idées à prendre chez quelques unes d'entre elles.

Destinées :
Loma Wing, spécialiste anglaise qui travaille de puis 30 ans sur l'autisme distingue 3 destinées pour 3 catégories d'adultes atteints de cette maladie :
- Les distants : ceux et celles qui s'isolent le plus du monde extérieur. Ils n'utilisent que très peu la communication verbale.
- Les passifs : qui peuvent intégrer l'activité de groupes quand on les sollicitent.
- Les actifs : qui ont toutefois du mal à assimiler les règles de vie qui gèrent la société. Leur naïveté ou leur rigidité leur font adopter un comportement bizarre, les plaçant en marge des relations sociales.

Mais tout autiste est capable d'apprendre !
Si l'on sait trouver le chemin qui mène à sa progression, en respectant les périodes d'avancée, de maturation, de stagnation, voire de régression, sur un temps nécessairement long, mais qui peut mener à une certaine forme d'autonomie personnelle, domestique, sociale ou même professionnelle.